L’âge moyen de la ménopause se situe entre 50 et 52 ans, mais est influencé par certains facteurs. Le tabagisme, en particulier, l’avance d’environ 2 ans. Le fait de n’avoir jamais été enceinte aussi. En revanche, les grossesses nombreuses ou à un âge avancé le retardent. L’hérédité joue un rôle certain : dans certaines familles, par exemple, les femmes sont toutes ménopausées tôt, avant 40 ans. Mais, contrairement à des croyances répandues, l’âge de la puberté et la prise de pilule n’ont aucun impact. Quel que soit l’âge de la ménopause, celle-ci entraîne souvent des symptômes – plus ou moins gênants selon les femmes et l’ancienneté de la carence en estrogènes – vécus de façon très différente en fonction du contexte social et familial ou encore de la culture.
Bouffées de chaleur et mauvais sommeil
Les premières manifestations physiques sont les bouffées de chaleur, les troubles du sommeil et la fatigue. Les bouffées de chaleur commencent parfois avant la ménopause ; 80 % des femmes en souffrent dans l’année qui suit l’arrêt des règles et 20 % d’entre elles en ont encore (sans traitement) 5 à 10 ans après. Elles sont favorisées par une émotion, un stress et la consommation d’alcool. Elles sont incontrôlables et durent 1 à 2 minutes. Deux minutes souvent mal vécues, surtout si les bouffées se répètent de manière rapprochée. Le scénario est à peu près le même : une sensation de chaleur démarre dans le cou et au visage et descend souvent sur les épaules. Mais l’intensité de ces accès est variable. Certaines femmes n’ont que des rougeurs limitées au visage ou une petite suée alors que d’autres dégoulinent de transpiration et doivent changer de chemise et de draps plusieurs fois par nuit. Le mécanisme de ces bouffées n’est pas totalement élucidé, mais elles sont en très grande partie liées à la carence en estrogènes. Cela dit, le phénomène est complexe et d’autres modifications interviennent probablement, d’où les différentes solutions thérapeutiques proposées pour les soulager. Les troubles du sommeil sont encore aggravés par les bouffées de chaleur. La fatigue peut être causée par ces deux symptômes (comment se réveiller en forme quand on a eu plusieurs bouffées dans la nuit et que l’on dort mal ?). Elle peut aussi se manifester sans raison apparente ; c’est plutôt de la lassitude, un manque de dynamisme avec parfois des maux de tête. Les douleurs articulaires – trop vite attribuées à l’arthrose – sont aussi fréquentes à cette période. À ces troubles physiques peuvent s’ajouter des troubles psychologiques (irritabilité, nervosité, dévalorisation de soi, anxiété, réactions dépressives…), liés à la chute du taux d’estrogènes mais surtout à ce que représente la ménopause dans la vie d’une femme (le début de la vieillesse), à l’image péjorative qu’elle garde dans notre société et au contexte (divorce, enfants envolés, difficultés professionnelles…). "Une femme bien dans sa vie affective, professionnelle et sociale présente moins de troubles psychologiques qu’une femme seule et au chômage…", résume le Dr Caroline Chaine.
La peau vieillit
Après la ménopause, insensiblement, le corps se modifie. Les formes s’épaississent et la prise de poids est plus difficile à maîtriser. Pourquoi ? Primo, la carence en estrogènes favorise le gain de graisses au détriment des muscles et les stocke dans l’abdomen. Secundo, les femmes ont tendance à changer de comportement alimentaire : leur goût se modifie (attrait pour les aliments sucrés ou hypercaloriques) et elles ont des épisodes boulimiques. Tertio, elles diminuent souvent leurs activités physiques. Les modifications hormonales ont également des répercussions sur la peau : elle vieillit plus vite, devient plus fine, plus sensible aux agressions extérieures (froid, produits irritants…), perd de son élasticité, se dessèche, bref réclame plus d’attentions. Quelques poils disgracieux apparaissent aussi sur le visage et le corps alors que la chevelure s’éclaircit progressivement… Autres désagréments possibles liés au déficit hormonal mais plus tardifs : sécheresse vaginale, démangeaisons, rapports sexuels difficiles et douloureux (chez 40 % des femmes ménopausées), descente d’organes et troubles urinaires (cystites à répétition, incontinence urinaire). Ces troubles altèrent la qualité de vie. Si vous avez ce type de problèmes, parlez-en à votre médecin de manière à réagir le plus tôt possible.
Gare à l’ostéoporose
Les répercussions à long terme de la ménopause sont plus sérieuses.
· L’ostéoporose : l’os est en constant remaniement grâce (en grande partie) aux estrogènes. Quand la sécrétion d’estrogènes se tarit, la perte osseuse s’accélère pour atteindre 1 à 2 % par an. D’où, vers la soixantaine, des risques élevés de microfractures vertébrales (qualifiées à tort de tassements vertébraux), responsables d’une diminution de la taille et/ou d’une déformation de la colonne vertébrale. Mais aussi des fractures du poignet et de l’avant-bras à la suite d’une chute sur la main en hyperextension (pour se protéger) ; ce sont les fractures les plus fréquentes après la ménopause jusqu’à 75 ans. À partir de 70 ans, prennent le relais celles de l’extrémité supérieure du fémur (ou col du fémur) – les plus graves car elles entraînent une perte d’autonomie (1 femme sur 4 ne récupère pas sa mobilité) et provoquent, dans le quart des cas, la mort dans l’année qui suit.
· Les maladies cardiovasculaires : jusqu’à la ménopause, les femmes sont protégées par leurs sécrétions d’estrogènes. C’est la raison pour laquelle les hommes sont beaucoup plus touchés… pendant un temps. Passé la ménopause, les femmes perdent peu à peu cet avantage et finissent par rattraper les hommes à 70 ans. Ce risque est d’autant plus important que la ménopause est précoce, en particulier après ablation des ovaires. Explication : la ménopause entraîne des perturbations biologiques. D’une part, une augmentation du "mauvais" cholestérol (LDL), une diminution du "bon" cholestérol (HDL) et une augmentation des triglycérides qui favorisent les dépôts de lipides (graisses) sur la paroi des vaisseaux sanguins. D’autre part, des altérations du métabolisme glucidique (des sucres) qui constituent un risque cardiovasculaire majeur.
Si, en plus d’être ménopausée, vous fumez, si vous êtes hypertendue, si vous avez un diabète ou un gros surpoids et si vous cumulez des antécédents familiaux… vos risques de faire un jour un accident cardiovasculaire sont élevés. Vous voilà prévenue !
Le point sur le THS
Pour supprimer les bouffées de chaleur, la sécheresse vaginale, les troubles de l’humeur et pour protéger contre l’ostéoporose et les maladies cardiovasculaires, le traitement hormonal substitutif (dit THS) était apparu comme "la" solution. Jusqu’à la parution coup sur coup de deux études qui ont pour le moins semé le trouble.
L’étude américaine WHI (Women’s health initiative), parue en 2002, menée auprès de 16 600 femmes, a bien confirmé les effets bénéfiques du THS sur l’ostéoporose, mais a aussi montré une augmentation des cancers du sein (38 cas contre 30 pour 10 000 au bout de 5 ans pour les femmes ayant pris un placebo*) et des accidents cardiovasculaires. À l’époque, les médecins français arguaient que les Françaises prenaient un THS différent de celui des Américaines et que, dans l’étude, celles-ci présentaient souvent un excès de poids, étaient plus âgées et donc plus à risque. Bref, les résultats américains ne pouvaient être extrapolés aux Françaises sous THS… Un an après, une étude anglaise – portant sur un million de femmes de 50 à 64 ans – est venue confirmer le risque de cancer du sein après 5 ans de traitement, aussi l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) a-t-elle jugé nécessaire, fin 2003, de restreindre l’utilisation du THS. Celui-ci ne doit plus être prescrit (ou renouvelé) de façon systématique. Il peut être prescrit seulement en cas de troubles très gênants (en particulier de bouffées de chaleur), mais toujours à "la dose minimale efficace" et pour une durée la plus courte possible. Sa conclusion : le THS ne peut plus être donné d’emblée aux femmes à haut risque de fractures (par ostéoporose), mais seulement si les autres traitements possibles sont mal supportés. Que faut-il penser de ce revirement ? Réponse du Dr Caroline Chaine : "Ces mesures sont sages. Les deux études sont en effet concordantes et doivent être prises en compte. D’autant plus qu’une partie des femmes de l’étude anglaise prenaient les mêmes THS qu’en France… Prudence donc. Une chose est sûre : les femmes, sauf exception, ne prendront plus de THS pendant 10 ans comme avant, de manière systématique. Or, pour freiner la perte osseuse, il faut 7 à 10 ans de traitement." Il faut donc se tourner vers d’autres médicaments. Sa stratégie avant de prescrire quoi que soit : interroger la patiente et demander une ostéodensitométrie pour voir si elle a des risques élevés de fractures d’ostéoporose. Si elle n’en a pas, pas de traitement. Si, au contraire, cette femme a déjà perdu quelques centimètres de hauteur (signe de microfractures vertébrales), elle lui prescrit directement un médicament de la famille des Serm (Selective estrogen receptor modulator) pour prévenir ou stabiliser la maladie ou un bisphosphonate pour ses effets sur l’os. Et si elle est seulement à haut risque d’ostéoporose (en cas d’antécédents familiaux par exemple), une surveillance est préconisée ainsi que des mesures hygiéno-diététiques (alimentation contenant assez de calcium et exercice physique qui en favorise la fixation sur l’os).
Des solutions ciblées
· Pour les bouffées de chaleur : des traitements symptomatiques non hormonaux (vasodilatateurs, antidopaminergiques, certains antidépresseurs…), mais aussi des phytoestrogènes (à base de soja), non remboursés, qui soulagent dans 50 % des cas et améliorent les troubles du sommeil. Ils ont aussi un effet bénéfique sur le cholestérol mais pas sur les autres manifestations de la ménopause ni sur l’ostéoporose. Le THS reste possible (à petites doses) en cas de bouffées très handicapantes, à condition de surveiller le risque cardiovasculaire, surtout les deux premières années. Il n’y a pas de risque de cancer du sein si le traitement ne dure que 3-4 ans, mais le médecin réévalue sa prescription tous les 6 mois ou tous les ans.
· Pour l’humeur et le sommeil : les médicaments (anxiolytiques, hypnotiques) permettent de franchir une période difficile mais ils n'apportent pas de solution durable au problème.
· Pour la peau : se protéger du soleil par un écran total ; appliquer le soir une crème à base de vitamine A acide ou trétinoïne pour diminuer les rides, mais comme ce type de crème abrase la peau et donc l’affine alors qu’elle a déjà
tendance à devenir plus fine avec la ménopause, compenser le jour par une crème nourrissante ou alterner avec une crème aux estrogènes (sans danger).
· Pour la sécheresse des muqueuses : un traitement local (ovules, crème) à base d’estrogènes pour améliorer la trophicité de la vulve et du vagin et faciliter les rapports sexuels ; des gels sans hormone permettent de récupérer une certaine hydratation vaginale.
· Pour l’incontinence urinaire : séances de rééducation du périnée et de la miction (10 en général) chez un kinésithérapeute spécialisé, puis exercices quotidiens à faire chez soi et éventuellement chirurgie (pose de bandelette sous la vessie en cas d’incontinence d’effort : toux, rire, éternuement…).
Evelyne Gogien
* Dans les études d'efficacité thérapeutique, le médicament testé est donné à un premier groupe de patients. Un deuxième groupe (dit "témoin") reçoit une substance inactive, le placebo. L'effet du médicament est démontré quand il est nettement supérieur à l'effet (psychologique) du placebo.
Du soja en gélules
Pourquoi, en Asie, les femmes n'ont-elles pas (ou peu) de bouffées de chaleur ? Parce qu'elles mangent beaucoup de soja, ont découvert les scientifiques. La graine de soja contient, en effet, des substances particulières (des isoflavones) de la famille des phytoestrogènes, très proches des hormones féminines. Pour bénéficier de ses vertus, sans en manger tous les jours des kilos, on a mis simplement le soja en gélules !
Surpoids et estrogènes
Pourquoi les femmes en surpoids ont-elles moins de bouffées de chaleur que les autres ?
Parce qu’elles fabriquent leurs propres estrogènes à partir de leurs tissus graisseux. La graisse permet en effet de transformer les androgènes sécrétés par l’ovaire en estrogènes, lesquels suffisent en général à compenser le déficit hormonal lié à la ménopause. À priori, ces femmes n’ont donc pas besoin de traitement. Le THS leur est même contre-indiqué car l’excès de tissus graisseux est souvent accompagné d’anomalies métaboliques et constitue un facteur de risque cardiovasculaire.
De la préménopause à la postménopause
La ménopause ne s’abat pas sur les femmes en un seul jour. Elle est précédée d’une période de dérèglement des cycles, plus ou moins longue selon les femmes, que les médecins (français) appellent préménopause. Les cycles raccourcissent, des saignements anormaux se produisent pendant ou en dehors des règles et les premiers signes de la ménopause apparaissent dans cette période de transition biologique qui commence aux alentours de 45 ans. Dans un premier temps, les sécrétions d’estrogènes sont excessives par rapport à celles de progestérone et ce déséquilibre se traduit par un syndrome prémenstruel plus marqué. En clair, les petits changements qui se produisent (chez 1 femme sur 2) à l’approche des règles deviennent alors pénibles et, chez 10 % des femmes en préménopause, franchement invalidants. Parce qu’ils sont plus prononcés ou qu’ils durent plus longtemps que d’habitude : seins très douloureux et gonflés, sensation de gonflement localisé au ventre et aux jambes ou généralisé à tout le corps, caractère irritable, manque de tonus, fringales. Dans un second temps, la sécrétion d’estrogènes diminue et cet arrêt progressif se traduit par des règles de plus en plus espacées, des bouffées de chaleur, de la fatigue, de la nervosité, des modifications du comportement alimentaire. La ménopause proprement dite correspond à l’arrêt des règles spontanées. Les ovaires ne contiennent plus de follicules – qui habituellement produisent à la fois les hormones sexuelles et les ovules. La ménopause confirmée ou postménopause est la période qui suit 12 mois d’absence de règles et va se poursuivre jusqu’à la fin de la vie.
L’ostéodensitométrie
À l’approche de la ménopause, "chaque femme devrait bénéficier d’un vrai bilan, pour faire le point sur ses antécédents familiaux (de cancer du sein et d’ostéoporose notamment) et personnels (grossesses, médicaments, problèmes urinaires…)", détaille le Dr Caroline Chaine. "Personnellement, je demande très souvent une mammographie avant l’âge de 50 ans. La campagne actuelle de dépistage concerne les femmes de 50 à 60 ans, mais il y a aussi des cancers du sein avant 50 ans et plus la tumeur est dépistée tôt, plus elle est petite et facile à guérir…" Après la mammographie, l’ostéodensitométrie (ou absorptiométrie biphotonique aux rayons X). "Même si cet examen – qui dure quelques minutes – n’est toujours pas remboursé par la Sécurité sociale, les femmes en général sont prêtes à débourser 100 euros environ. Elles se rendent compte qu’il est très important d’évaluer la densité minérale osseuse (des vertèbres lombaires et des extrémités supérieures du fémur)."
Des réponses à vos questions
Vous vous rapprochez de cette période inévitable dans la vie d’une femme ? Vous en subissez déjà les effets ? La polémique qui a suivi la parution d’études montrant une augmentation des cancers du sein et des problèmes cardiovasculaires sous THS vous perturbe ?… Si vous cherchez des réponses claires et pratiques, ce "petit livre de la ménopause" est pour vous. Parce que toutes les femmes ne vivent pas cette période de la même façon, l’auteur indique les différentes solutions qui permettent de vivre la ménopause le plus sereinement possible.
"Le petit livre de la ménopause",
Dr Caroline Chaine, Éd. Odile Jacob, Santé au quotidien, 2004, 12,65 Euros.
Bougez-vous !
À la ménopause, l’exercice est plus que jamais bon pour l’organisme. Pour augmenter les dépenses énergétiques et ainsi contrôler la prise de poids, fréquente à la cinquantaine. Pour diminuer les facteurs de risque cardiovasculaires. Pour agir favorablement sur le métabolisme des sucres. Pour contribuer à fixer le calcium sur l’os et ainsi freiner l’ostéoporose.
· Quel type d’exercice choisir ? De la marche au rythme de 5-6 km/h (avec des chaussures qui amortissent les chocs) pour acquérir un rythme d’endurance. Puis passer à la course à pied (jogging). La bicyclette est recommandée parce qu’elle sollicite les muscles des jambes, les fessiers, les muscles du périnée, de l’abdomen, du dos. Et la natation qui fait travailler de nombreux muscles et entretient la force physique tout en procurant un sentiment de bien-être.
· À quel rythme ? "Idéalement 3/4 d’heure d’exercice soutenu 3 à 4 fois par semaine, ce qui est loin d’être répandu", répond le Dr Chaine. "La majorité des femmes n’ont aucune activité physique. Celles qui jardinent croient à tort qu’elles font des efforts… Une minorité fait de la gymnastique ou va à la piscine une fois par semaine. Celles qui font trois fois 3/4 d’heure de sport par semaine sont vraiment très rares. Mais suivre les conseils de la campagne actuelle du ministère de la Santé (marcher au moins une demi-heure par jour, prendre les escaliers plutôt que les ascenseurs…) serait déjà excellent."
Source : Bien-être et santé |