PHARMACIE DU CHATEAU
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Dossier du mois : Cancer, tous les moyens pour le vaincre

Thèmes Santé -> Santé
publié le 27/01/2012

 Il n’y a pas un cancer mais des cancers et c’est bien là toute la difficulté du traitement. Classés en fonction de l’organe touché ou du type de cellules dont
ils sont issus, on en compte quelque 200 types différents ! Deux cancers en apparence identiques, touchant le même organe, la prostate par exemple, peuvent répondre de manière très différente au même traitement ou évoluer à des vitesses variables. Au point que, depuis quelques années, les chercheurs ne cessent de définir de nouveaux sous-groupes de cancers. Ainsi, au cours de ces douze dernières années, au moins cinq sous-groupes de cancer du sein, cinq sous-types de cancer de l’ovaire et quatre sous-types de myélome (une forme de cancer du sang) ont été découverts…

Traitements personnalisés
Les gènes déréglés, en cause dans le cancer, sont beaucoup plus nombreux que l’on croyait : à ce jour, plus de 33 000 mutations génétiques ont ainsi été colligées dans une tumeur de la peau et 23 000 dans une tumeur du poumon ! Les chercheurs ont perdu totalement l’espoir de trouver « le » médicament capable de traiter tous les cancers. Chaque cancer doit avoir son propre traitement, et même sa propre combinaison de traitements ciblés.
Cette complexité freine certes la recherche, mais celle-ci avance et, chaque année, de nouvelles molécules et techniques apparaissent, se perfectionnent et les protocoles de traitement se personnalisent. Avec comme autre objectif moins d’effets secondaires, car ceux-ci nuisent à l’efficacité thérapeutique.

Chirurgie pour tumeurs localisées
L’oncochirurgie est très utilisée pour traiter les petites tumeurs localisées, représentant 70 % environ des cas de cancer, ou les tumeurs solides à développement lent. Ou encore pour traiter les zones peu vascularisées que sont les centres de grosses tumeurs où la chimiothérapie n’accède pas et où la radiothérapie n’est pas efficace. Pour être certains de tout enlever, les chirurgiens prélèvent toujours une marge de tissus sains autour de la tumeur : sein, côlon, mélanome débutant, prostate, poumon. Pour le sein, on évite au maximum l’ablation totale du sein, mais elle est parfois nécessaire, de plus en plus souvent suivie d’une reconstruction mammaire. L’ablation des ganglions sous les aisselles, qui entraîne un risque de « gros bras » et gêne les mouvements de l’épaule, peut aussi se révéler indispensable.
La technique de la cœlioscopie, qui consiste à manipuler des outils dans des tubes munis d’une minuscule caméra reliée à un écran, passés à travers de petites incisions et permettant de voir l’intérieur du corps, est moins traumatisante que la chirurgie classique. Les suites opératoires sont plus faciles à supporter et les cicatrices discrètes, mais ce n’est pas toujours possible. Version plus récente et perfectionnée : le robot, utilisé pour des cancers nécessitant des gestes très méticuleux ou situés dans des endroits difficiles d’accès comme les fosses nasales, le bas du cerveau ou même, de plus en plus, la prostate. 

Radiothérapie, destruction des tumeurs
Elle consiste à irradier localement les cellules cancéreuses avec des radiations puissantes mais à petites doses pour laisser le temps aux cellules saines de se réparer entre deux séances. Différentes formes de radiothérapie sont possibles.
• Externe. Par électrons, photons X, gamma (pour la prostate par exemple) ou protons pour les cancers situés à des endroits sensibles (mélanome de l’œil, tumeur au bas du crâne) et chez les enfants. Elle est très utilisée dans le cancer du sein, seule ou en association à un autre traitement, sur plusieurs semaines en général. Pour certains cancers de bon pronostic, chez les femmes de plus de 60 ans, la radiothérapie peropératoire (par électrons), en une seule séance, ciblée sur le site de la tumeur juste après l’ablation donne de bons résultats. Mais elle n’est employée actuellement que dans quelques centres en France.
• Interne. La curiethérapie consiste à introduire dans la cavité cancéreuse une petite sonde qui délivre de l’iridium ou du césium (cancers de l’utérus, du sein, de la lèvre ou de la langue) ou de l’iode radioactif dans le cancer de la thyroïde.

Chimiothérapie classique ou ciblée
Utilisée depuis les années 1940, la chimiothérapie, administration de médicaments par
voie orale, injections intraveineuses ou intramusculaires selon les cas, a beaucoup progressé. Il existe aujourd’hui une bonne cinquantaine de molécules, actives sur différents types de cancers.
• Chimiothérapies classiques
Elles sont utilisées dans la plupart des cancers métastatiques, et empêchent le développement de la tumeur en bloquant la division des cellules. Leurs effets secondaires sont liés à leur mode d’action : elles agissent en effet sur toutes les cellules qui se renouvellent rapidement, comme celles de la moelle osseuse, des cheveux, de la peau et des muqueuses. D’où une baisse des globules rouges et blancs, des plaquettes, la perte de cheveux et l’inflammation des muqueuses qui provoque vomissements et diarrhées.
• Thérapies ciblées
Plus récentes et en plein développement, elles sont indiquées dans les cancers dont le développement dépend, du fait d’anomalies génétiques particulières, de mécanismes que l’on peut bloquer grâce à des molécules ad hoc. Elles ont aussi des effets secondaires mais moins marqués.
• Hormonothérapie
Utilisée dans tous les cancers où une hormone commande la prolifération des cellules, testostérone pour le cancer de la prostate, estrogènes pour le cancer du sein, elle vise à bloquer la synthèse de l’hormone ou à empêcher qu’elle se fixe aux récepteurs cellulaires activant la prolifération, grâce à une molécule leurre avec des effets secondaires comparables à ceux de la ménopause, même chez l’homme.

Des chances accrues
L’éventail thérapeutique, auquel s’ajoute depuis peu l’immunothérapie, s’est donc élargi et affiné et les taux de guérison sont meilleurs qu’il y a 20 ans. Mais on augmente nettement ses chances en se faisant dépister à temps : par des mammographies régulières, des tests pour le cancer colorectal, des frottis pour le cancer du col de l’utérus, le dosage du PSA pour la prostate. Et aussi en pratiquant une activité physique régulière et en préservant son moral.

Evelyne Gogien

Du côté du pharmacien

Les traitements anticancéreux, radiothérapie et chirurgie, fatiguent, ont des effets secondaires plus ou moins marqués et peuvent mettre le moral à zéro. Les médecins n’ont pas toujours le temps de s’en occuper, mais les pharmaciens s’impliquent de plus en plus dans l’accompagnement des patients atteints d’un cancer et veulent participer activement à leur maintien à domicile. N’hésitez pas à leur poser des questions, y compris sur les traitements antalgiques à base de morphine ou d’opiacés (en comprimés, patchs ou injectables) et les médicaments anti-émétiques (pour les nausées). Ils peuvent aussi vous conseiller des cocktails de vitamines et d’oligoéléments, de l’homéopathie, des probiotiques et des reconstituants, compléments hyperprotéinés et hyperglucidiques, pour surmonter l’épreuve et mieux récupérer. Demandez-leur aussi des éclaircissements sur les précautions à prendre avec les médicaments et sur les interactions possibles. 

3 questions à…
Dr Joseph Monsonego, gynécologue, président de l’association 1 000 femmes 1 000 vies*.

• Une enquête que vous avez supervisée en partie** montre que les femmes à qui l’on annonce un frottis anormal ne sont pas suffisamment soutenues…
Oui, elles sont livrées à elles-mêmes alors qu’elles ont besoin d’une information immédiate, claire et fiable… Tout d’abord, 30 % de ces femmes ne comprennent pas les termes employés (dysplasie, lésions précancéreuses, tumeur de haut grade). Ensuite, en France, 60 % des résultats de frottis anormaux sont encore donnés par lettre, ce qui déclenche beaucoup plus d’anxiété et de stress. En Espagne, ils sont annoncés par un appel téléphonique du médecin… Les Françaises sont aussi les moins informées sur la maladie, ses traitements et ses conséquences au plan personnel (partenaire, maternité). L’association 1 000 femmes 1 000 vies, engagée dans le combat « pour en finir avec le cancer du col de l’utérus », accompagne ces femmes avant, pendant et après leur prise en charge médicale et leur apporte un soutien psychologique.

• Un vent de panique a soufflé ces derniers mois sur la vaccination HPV (papillomavirus responsables de précancers et de cancers du col de l’utérus). Qu’en est-il ?
Les agences de surveillance mondiales ont répertorié chez les jeunes filles ou femmes vaccinées des cas très rares de pathologies neurologiques ou auto-immunes et la presse a relayé cette information en faisant un lien avec le vaccin HPV. Or les chiffres ne sont pas plus élevés que dans la population générale non vaccinée du même âge. Le Haut conseil de la santé publique l’a d’ailleurs rappelé récemment : il n’existe aucune donnée susceptible de remettre en cause l’innocuité de ce vaccin ni son efficacité. Cette polémique n’existe d’ailleurs pas dans d’autres pays…

• Vous prônez, parallèlement à la vaccination HPV, des nouveaux tests de dépistage plutôt que le frottis actuel, pourquoi ?
Parce qu’il serait souhaitable de tenir compte des progrès scientifiques récents. Des tests de dépistage du virus HPV, beaucoup plus sensibles et spécifiques, détectent davantage de lésions précancéreuses et plus précocement, mais ils ne sont pas remboursés. Ils permettraient pourtant d’allonger à 5 ans le délai entre deux dépistages. Le frottis, moins sensible, doit être fait scrupuleusement tous les 3 ans.

* www.1000femmes1000vies.org
** Réalisée auprès de femmes françaises, espagnoles et portugaises avec la WACC (Women Against Cervical Cancer). 

Témoignage
Nausées et perte des cheveux

« On m’avait assuré que les effets secondaires de la chimiothérapie étaient moins pénibles qu’autrefois, je sais depuis que tout dépend des personnes. Je vomissais même avant la pose de la perfusion ! J’étais très fatiguée, j’ai perdu mes cheveux, mes ongles étaient abîmés, j’ai fait un épisode infectieux… un souvenir affreux ! Mon mari était persuadé qu’il m’entourait efficacement, mais il ne se rendait pas compte que j’étais épuisée et dépressive. Ma mère est morte d’un cancer des reins, mon frère d’un cancer de la prostate, j’étais la prochaine sur la liste… C’est ma sœur qui m’a permis de tenir, elle était présente sans être pesante. Alors que l’aide de mon mari soulignait le fait que j’avais un cancer grave, ma sœur me faisait oublier ma maladie et mes traitements : nous avons ri pour choisir ma perruque, elle a organisé mes séances de sophrologie et dès que j’étais un peu mieux nous allions au ciné ou nous promener… Je lui dois une fière chandelle, c’est en partie grâce à elle que je suis en rémission depuis 5 ans. »
Anne, 66 ans.

L’avis du spécialiste
Dr Marc Bonneville, directeur du Centre de recherche en cancérologie de Nantes-Angers.

Du nouveau dans le mélanome avancé

« Après une mauvaise passe due au fait qu’elle était au départ très empirique, l’immunothérapie constitue aujourd’hui une voie porteuse d’espoir en oncologie, complémentaire des autres stratégies ciblées. Elle consiste à augmenter et stimuler les défenses immunitaires insuffisantes du malade pour l’aider à détruire lui-même les cellules cancéreuses. Plusieurs approches d’immunothérapie sont possibles, dont celle des anticorps monoclonaux comme l’ipilimumab* qui a reçu son autorisation de mise sur le marché européen en juillet dernier. Son mécanisme d’action est original et il constitue un progrès dans le traitement du mélanome avancé, inopérable ou métastatique, jusqu’ici pauvre. La recherche se poursuit pour l’utiliser en association avec une molécule de thérapie ciblée, mais aussi dans d’autres tumeurs, notamment le cancer bronchique non à petites cellules et le cancer de la prostate hormono-réfractaire. »
* Des laboratoires Bristol-Myers Squibb.


INFOS UTILES

• Ligue nationale contre le cancer : www.ligue-cancer.net ou 0810 111 101 (prix d’un appel local). Exemples de brochures disponibles : Alimentation et cancer, Comment accompagner un proche atteint d’un cancer, Comment prévenir et soulager la douleur pendant un cancer, La reconstitution du sein après un cancer, etc.
• Institut national du cancer (INCa) : www.e-cancer.fr ou 0810 810 821(prix d’un appel local). On peut consulter un registre des essais cliniques et demander à y participer.
• Un livre : L’après-cancer, Marina Carrère d’Encausse et Michel Cymes, éd. Hachette, coll. Bonjour-docteur, 2011, 9,90 ?.
• Un magazine : Rose. Un joli trimestriel de 200 pages qui donne le moral aux femmes atteintes d’un cancer et les aide à bien vivre en dépit des traitements, de la fatigue, des cheveux qui tombent, etc. Le n° 2 (printemps-été) sortira en avril. Plus d’infos sur www.rosemagazine.com

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