1. Les enfants d’aujourd’hui sont-ils plus allergiques qu’autrefois ?
Oui, dans le monde entier. Actuellement, en France, plus de 1 enfant sur 10 est asthmatique, 1 enfant sur 5 a de l’eczéma, au moins 5 % des enfants d’âge préscolaire souffrent d’allergie et plus de 15 % des adolescents du "rhume des foins" – c’est-à-dire d’une allergie aux pollens de graminées. Un chiffre éloquent : les urgences allergiques ont été multipliées par 5 au cours de ces dernières années. Les causes de cette augmentation des allergies sont multiples. On accuse notamment les modifications de notre habitat, de nos habitudes alimentaires, l'aggravation de la pollution, certaines infections…
2. Les allergies sont-elles héréditaires ?
Le risque de devenir allergique (le "terrain allergique") est transmis par les parents aux enfants par l’intermédiaire des chromosomes, mais les enfants n’ont pas nécessairement les mêmes allergies ou les mêmes symptômes que leurs parents (pour l’un, ce sera de l’eczéma, pour l’autre de l’asthme, etc.) et encore moins au même degré. L’âge de l’apparition des allergies n’est pas non plus transmis génétiquement.
Une chose est certaine : si les deux parents sont allergiques (qu’il s’agisse de rhinite allergique, d’asthme ou d’eczéma et quel que soit l’allergène responsable), le risque que leur descendance souffre aussi d’allergie est de 60 %, et de 70 % quand tous deux
présentent les mêmes manifestations allergiques (un rhume des foins, par exemple). C’est beaucoup ! Si un seul des parents est allergique, le risque descend à 30-40 %. L’hérédité joue donc un rôle important. Cela dit, un enfant (ou un adulte) peut devenir un jour allergique sans qu’existe d’allergie dans la famille ; ce risque est estimé à 15 %.
3. Des rhinopharyngites et des bronchites à répétition… est-ce toujours une allergie ?
Une rhinite, des épisodes de toux, des bronchites peuvent être déclenchées par des infections ou la pollution. Mais quand les signes se répètent, l’allergie en est le plus souvent à l’origine. "Quand un enfant a de l’eczéma ou le nez souvent bouché, qu’il tousse fréquemment ou fait des bronchites sifflantes, il ne faut pas penser que ça passera forcément en grandissant et ne pas se contenter de lui donner un sirop antitussif ou lui mettre des gouttes dans le nez. Il est possible que ces symptômes disparaissent mais peut-être pas. Il faut donc en parler à son médecin, puis consulter un allergologue pour rechercher la cause. C’est très important car plus une allergie est prise en charge tôt, meilleure est son évolution", conseille le Dr Bidat.
4. À partir de quel âge
peut-on pratiquer des tests pour savoir à quoi l’enfant est allergique ?
Dès la naissance ou à quelques mois de vie. Les tests cutanés en prick (prick-tests), qui consistent à faire pénétrer un peu d’allergène à l’aide d’une lancette, ont l’avantage d’être quasi indolores (ils font moins mal qu’une piqûre de moustique) et de donner d’aussi bons résultats que les tests par intradermo-réactions d’antan.
En pratique, le médecin entoure au stylo les zones de peau où il dépose une goutte de chaque allergène testé (sur les avant-bras ou parfois dans le dos chez les nourrissons). Il suffit d’attendre 10 à 20 minutes pour "lire" la réaction. Un test positif se manifeste par une papule, un petit bouton comme une piqûre d’ortie. "En fait, il faut prendre des précautions et commencer par faire deux tests : l’un avec un produit auquel tout le monde est sensible pour voir si la peau réagit bien et suffisamment, l’autre pour s’assurer qu’elle ne présente pas de réaction au produit diluant", précise le Dr Bidat. "Il faut aussi être modeste et prudent dans l’interprétation des tests. En effet, la peau des jeunes enfants réagit moins bien. Si un test est négatif chez un tout-petit, il est préférable de le répéter 6 à 12 mois plus tard ; il peut se positiver avec le temps."
L’allergologue peut aussi procéder à des tests sanguins s’il y a discordance entre les observations des parents (réaction allergique à tel allergène) et le test cutané (négatif) ou si les tests sont difficiles à faire (en cas d’eczéma étendu). Chez les tout-petits qui redoutent les piqûres, le médecin peut appliquer, 1 heure à 1 h 30 avant la prise de sang, un patch anesthésiant (sur ordonnance).
5. Les allergies croisées, qu’est-ce que c’est ?
Certains allergènes, a priori très différents, ont des points communs et provoquent des allergies appelées croisées. Les plus fréquentes sont les allergies croisées entre les pollens et les aliments. Quelques exemples : les pollens de bouleau et les fruits de la famille des rosacées (pomme, poire, pêche, abricot, prune, cerise) ; les pollens de composées (armoise, ambroisie) et le céleri ; le latex (gants de latex, préservatifs…) et certains fruits (banane, kiwi, avocat…).
À noter : l’allergie croisée acariens-escargots-crevettes, étonnante et inconnue il y a quelques années, se développe. "Elle reste cependant assez rare par rapport à d’autres allergies croisées", relativise le Dr Étienne Bidat. "En fait, toutes les allergies croisées sont en augmentation sans que, pour le moment, il y ait d’explication au phénomène."
6. En cas d’allergie aux moisissures, que faire ?
De manière générale, se protéger des moisissures de l’environnement extérieur comme de celles qui se développent dans la maison. Les moisissures extérieures se multiplient dans le jardin et la campagne environnante de mars à octobre, avec un pic en juillet-août. Pendant la période de forte prolifération, il faut fermer – le plus possible – portes et fenêtres pour limiter la diffusion des moisissures vers l’intérieur ; éviter d’introduire dans le logement des sources de moisissures (un stock de bois coupé par exemple) ; ne pas tondre soi-même l’herbe, ni ramasser les feuilles mortes ni manipuler du compost ou du fumier ; renoncer au camping pendant la période sensible.
À l’intérieur, comme les moisissures adorent la chaleur et l’humidité, il faut bien aérer ; nettoyer la salle de bains au moins deux fois par semaine avec de l’eau de Javel ; dire non aux humidificateurs, aux saturateurs d’eau pour radiateurs, aux aquariums ; éviter les plantes (en tout cas dans la chambre) à cause des moisissures autour des pots ; nettoyer et désinfecter régulièrement la poubelle ; installer une hotte au-dessus de la cuisinière. Dans les régions humides, utiliser un déshumidificateur. Attention, les moisissures ne se développent pas que dans les maisons anciennes mal entretenues, mais aussi dans les maisons neuves, habitées prématurément ou trop bien isolées.
7. Comment limiter les risques d’allergie avant la naissance de l’enfant ?
Quand un des deux parents (ou futurs parents) et plus encore quand les deux sont allergiques, comme l’enfant risque fort d’hériter d’un "terrain" allergique, ces dernières années, les médecins conseillaient aux mères de faire attention à ce qu’elles mangeaient (œufs, poisson, arachide…) pendant leur grossesse, pour éviter que le fœtus se sensibilise déjà dans le ventre de sa mère. "Aujourd’hui, on sait… qu’on ne sait finalement pas grand-chose, ce qui n’est déjà pas mal. On se rend compte qu’on a peut-être terrorisé les parents et qu’on leur a donné des conseils dont l’efficacité n’a pas été prouvée", rappelle le Dr Bidat. "Mais il est certain que ne pas fumer pendant la grossesse permet de limiter le risque. C’est la seule mesure prouvée pour l’instant. Il est inutile, en revanche, de faire des régimes d’exclusion pendant 9 mois. On débat actuellement de l’intérêt de ne pas manger de cacahuètes, certaines études le démontrent tandis que d’autres concluent le contraire. Dans le doute, comme les cacahuètes sont hypercaloriques, arrêter d’en manger pendant la grossesse n’est pas mauvais…"
8. Et après la naissance ?
Une fois l’enfant né, il ne faut pas fumer à côté de lui ; cette mesure permet de diminuer son risque d’allergie. "Une alimentation lactée exclusive jusqu’à l’âge de 4 mois si les deux parents ne sont pas allergiques et jusqu’à l’âge de 6 mois si l’un des parents ou les deux souffrent d’allergies, limite aussi le risque. Autrement dit, il ne faut pas diversifier trop tôt l’alimentation de bébé. Mais, là encore, pas de terrorisme ! Une étude récente, qui devrait être confirmée prochainement, montre que le diktat "pas d’œufs avant 18 mois" ne repose sur rien et qu’au contraire, les enfants dont on diversifie l’alimentation plus tard ont plus d’eczéma… Bref, du bon sens : ne pas se presser pour introduire de nouveaux aliments et ne pas essayer d’apprendre aux bébés tous les goûts en même temps…" détaille Étienne Bidat.
Autre mise au point : les femmes qui n’allaitent pas ne doivent pas culpabiliser car le bénéfice de l’allaitement est transitoire. "Des études montrent que le petit enfant à risque allaité est effectivement moins allergique, mais le devient plus tard à l’âge adulte, comme si l’allaitement retardait seulement l’allergie. Petite restriction : si l’enfant allaité développe un eczéma sévère, il faut tout de suite se poser des questions car l’allergie est sans doute due à l’alimentation de la mère."
9. Quel lait choisir quand l’enfant est à risque d’allergie ?
Si la mère n’allaite pas, les laits de régime sont conseillés pendant 6 mois. Idéalement, des hydrolysats – fabriqués à partir de lait de vache dont les protéines ont subi une transformation et sont donc beaucoup moins allergisantes – mais ces laits ne sont pas remboursés. Selon le Dr Bidat, "c’est ce qu’il y a de mieux actuellement, même s’ils ne permettent pas à tous les enfants à risque de ne pas devenir allergiques. Mais si les parents n’ont pas de moyens financiers suffisants, les laits HA (hypoallergéniques) conviennent".
10. Les traitements ont-ils progressé ? Et la désensibilisation ?
Les médicaments prescrits aujourd’hui permettent aux enfants de mener une vie normale. Les antihistaminiques (généralement en comprimés ou en sirop) sont assez anciens, mais stoppent efficacement les réactions allergiques. Les plus récents de cette famille agissent plus vite et pendant une longue durée, n’endorment pas et ne dessèchent pas la bouche. Les corticoïdes, dérivés de la cortisone, (en comprimés, gouttes buvables, spray nasal, aérosol, poudre sèche, ou encore injectables) diminuent l’inflammation causée par l’allergie.
Plus récente, la désensibilisation permet de diminuer durablement les réactions allergiques de l’organisme vis-à-vis d’un allergène précis. En général, les allergologues ne la pratiquent pas avant l’âge de 5 ans, quand ils sont bien sûrs de l’allergène responsable. D’autant que les injections sont pénibles avant cet âge et que la voie sublinguale n’est guère possible chez les petits : l’enfant doit en effet garder le liquide sous la langue pendant 2 minutes.
Evelyne Gogien
Les polyallergies
Certains enfants ont 3, 4, 5, 6 allergies mais ils ne sont pas gênés au même degré par les différents allergènes en cause.
"Être polyallergique ne veut pas forcément dire être très handicapé. Très souvent, un allergène prédomine (par exemple, les acariens ou les pollens de graminées) et, pour les autres, la gêne est limitée. Soit qu’il faille une quantité importante d’allergène pour déclencher l’allergie, soit que les contacts avec l’allergène soient rares. C’est plus le degré de l’allergie que le nombre d’allergies qui compte", explique le Dr Bidat. "Par ailleurs, le poids des différentes allergies évolue souvent avec le temps. Dans la petite enfance, les allergies à plusieurs aliments prédominent, puis quand l’enfant grandit, une allergie pour un seul aliment persiste parfois, mais d’autres allergies à des pneumallergènes (inhalés) apparaissent."
À la cantine
Pour un enfant allergique à un aliment, manger à la cantine de l’école n’est pas une mince affaire. Depuis 1999, le "projet d’accueil individualisé" (PAI), rédigé par le médecin traitant, le médecin scolaire, les parents et l’équipe enseignante, permet, le plus souvent, d’éviter les situations à risque (pas d’animaux dans la classe par exemple) et de recevoir, au besoin, un traitement d’urgence. Pour les allergies alimentaires, les choses se compliquent car les cantines sont gérées par les municipalités et ne dépendent pas de l’Éducation nationale. C’est ainsi que certaines communes n’acceptent pas les enfants allergiques, même quand les parents proposent de fournir le panier-repas… Cependant, la grande majorité des enfants souffrant d’allergie alimentaire peuvent manger en collectivité, moyennant quelques adaptations.
Allergies alimentaires : le casse-tête des étiquettes
Pour les parents d’enfant allergique à un ou plusieurs aliments, faire les courses est une véritable épreuve car l’étiquetage des produits préemballés est mal fait et dangereux. Aujourd’hui, c’est la règle des 25 % qui prévaut : en clair, les fabricants ne sont pas tenus de préciser la composition d’un aliment (par exemple des saucisses dans une boîte de cassoulet) si celui-ci représente moins de 25 % de la quantité totale du produit. Ces saucisses peuvent donc contenir un allergène sans que vous le sachiez. Or, une petite quantité d’aliment peut suffire à provoquer une réaction allergique. Le nouveau seuil – abaissé à 5 % – n’est pas appliqué et de toute façon devrait être supprimé. La nouvelle réglementation européenne (à l’étude) s’oriente vers l’obligation de faire apparaître en clair les allergènes "notoires" dans la liste des ingrédients – c’est-à-dire des "substances causant des réactions sévères, fréquentes et prouvées". Et elle propose de retenir les céréales contenant du gluten, les crustacés, les œufs, le poisson, l’arachide, le soja, le lait, les sulfites, et tous leurs dérivés, à la concentration de 10 mg/kg minimum. Les allergiques à d’autres substances devront donc toujours, avant d’acheter ou de consommer un produit, contacter le service "consommateurs" du fabricant si la liste des ingrédients des aliments n’est pas détaillée. Autre anomalie : les fabricants ne sont pas obligés de préciser le type d’huile (ou de graisse) végétale qu’ils utilisent, par exemple dans des gâteaux secs ou des conserves. Bref, si votre enfant est allergique à l’huile d’arachide ou à l’huile de sésame, il vous faut, là encore, contacter le service consommateur concerné pour connaître précisément l’huile employée. À l’inverse, certains fabricants se protègent à l’excès pour éviter tout risque de procès, en mentionnant la possibilité de "traces" d’arachide ou de noisette sur tous leurs produits alors qu'ils ne les utilisent que dans certains d’entre eux…
Deux associations, un livre
· AFPRAL (Association française pour la prévention des allergies),
BP 12, 91240 Saint-Michel-sur-Orge, tél. 01 48 18 05 84, fax 01 48 18 06 14, afpral@prevention-allergies.asso.fr, site Internet www.prevention-allergies.asso.fr 8 antennes régionales. Cette dynamique association diffuse des informations et des conseils sur les allergies par le biais d’un bulletin trimestriel "Oasis allergies", des brochures ("La prévention de l’allergie commence au berceau", "Maison sans poussière, maison sans souci"…) et même un livre de recettes "Allergique et gourmand".
· Asthme et allergies, 3 rue Hamelin, 75016 Paris, tél. 0 800 19 20 21, e-mail question@asthme-allergies.asso.fr, Internet www.asthme-allergies.asso.fr Cette association de médecins fournit des informations aux patients (brochures, revue bimestrielle "Asthme et Allergies Info") et répond aux questions.
· "Les allergies de l’enfant", Dr Étienne Bidat et Christelle Loigerot, Éditions Milan, 2003, 15 EUROS. Les parents d’enfants allergiques s’inquiètent (à juste titre) et se posent beaucoup de questions. Des questions que vous retrouverez sans doute dans le livre du Dr Étienne Bidat, co-écrit avec la présidente de l’Association française pour la prévention des allergies (mère d’un enfant allergique). En 100 questions-réponses, précises et concises, vous saurez tout sur ces maladies et sur les moyens de les prévenir et de les traiter.
Source : Bien-être et Santé |