Le psoriasis n'est pas une maladie grave. Cependant, si elle ne met pas en danger la vie du malade, elle peut sérieusement en altérer la qualité. Les poussées sont entrecoupées de rémissions plus ou moins longues. Des médicaments efficaces gomment l'aspect inesthétique des plaques mais, quand les lésions ont disparu et la peau repris une apparence normale, la menace de récidives pèse lourdement sur le moral du psoriasique.
Comment se forment les plaques de psoriasis ?
L'anomalie concerne le renouvellement des cellules de la peau qui s'emballe au point d'être, en certains endroits, sept fois plus rapide que la normale. La peau ne pouvant éliminer suffisamment vite ces cellules en excès, celles-ci se superposent pour former une zone de peau épaisse appelée plaque psoriasique. Les squames qui la recouvrent forment un enduit blanchâtre et réalisent une véritable carapace (psoriasis crétacé). Elles se détachent par simple grattage, laissant apparaître une tache rouge luisante qui saigne facilement. Une inflammation avec rougeurs, démangeaisons (prurit) et irritations complique le tableau. Dans les formes mineures, les plaques se limitent à quelques localisations (cuir chevelu, mains, coudes, genoux, bas du dos). Dans les formes plus sévères, la maladie peut se généraliser ou s'accompagner d'un rhumatisme inflammatoire psoriasique. Selon les localisations, le retentissement psychologique est plus ou moins important et l'entourage du malade doit l'aider à supporter son handicap affectif et social.
Une évolution imprévisible et capricieuse
Le mécanisme précis de cette maladie inflammatoire chronique qui peut apparaître à tout âge, le plus souvent entre 15 et 30 ans, n'est pas élucidé, même si l'on sait qu'il existe un terrain génétique encore mal défini. La maladie évolue par poussées dont la durée varie de quelques semaines à quelques mois. Une chose est sûre, cette évolution spontanée se fait à la faveur de circonstances particulières : choc psychologique (stress, anxiété) ou facteurs infectieux. Plus rarement, les plaques peuvent survenir après une agression physique de la peau (grattage, plaie, frottements) ou après la prise de certains médicaments (bêtabloquants, sels de lithium, quinidines). Il existe aujourd'hui de nombreux traitements qui, sans pouvoir guérir la maladie, peuvent en modifier l'évolution et permettre de mieux vivre avec.
Des traitements longs et contraignants
Un dialogue régulier avec son médecin facilite la mise au point du traitement le mieux adapté et qui améliore le bien-être physique et psychique tout en tenant compte des habitudes de vie. Les traitements locaux (goudrons végétaux, dermocorticoïdes, rétinoïdes, analogues de la vitamine D3, acide salicylique) apportent un réel bénéfice sur les formes bénignes et très localisées ; les traitements oraux sont réservés aux formes étendues et rebelles. L'objectif du traitement est de réduire la durée, l'importance et la fréquence des poussées. Seul un traitement prolongé et bien suivi assure une amélioration durable mais il est contraignant et la prescription n'est pas toujours respectée, d'autant plus que les améliorations sont lentes et peu spectaculaires. Votre pharmacien peut vous (re)motiver lorsque vous êtes découragé par le manque de résultats définitifs.
Affronter le regard des autres
C'est l'aspect inesthétique de la maladie (en particulier quand les lésions touchent les parties apparentes du corps) qui est pour vous, psoriasique, le plus dur à supporter. Il est vrai que le tableau clinique est invalidant : il ne facilite pas le rapport avec les "autres" qui suspectent d'emblée une maladie grave et contagieuse. Il faut le répéter : le psoriasis n'est pas contagieux, même par contact. Cette attitude négative de l'entourage vous enferme un peu plus dans votre isolement. Tout devient compliqué ; vos activités socio-professionnelles, sportives, vos relations familiales sont compromises : vous devenez un partenaire ou un collaborateur "encombrant".
Au quotidien
À ce rejet social s'ajoute la contrainte des traitements. Vous devez consacrer beaucoup de temps à l'application des soins, et prendre de nombreuses précautions pour faire votre toilette. Les conseils de votre pharmacien peuvent compléter utilement les traitements médicamenteux. Pour favoriser l'élimination des squames, prenez des bains pas trop chauds avec des huiles émollientes ou des pains dermatologiques. Vous devez ensuite sécher la peau par tapotements sans frotter. Appliquez généreusement et fréquemment un soin hydratant en massages doux ; certains produits sont riches en eaux thermales originaires de stations dont les cures sont réputées dans la prévention des poussées (Uriage, Avène, La Roche-Posay). Respectez les temps de pose des différents traitements locaux ainsi que leurs précautions d'emploi (en particulier avec les dermocorticoïdes). En cas de démangeaisons, surtout ne vous grattez pas et n'arrachez pas les squames au risque de léser la peau alentour. Dans votre vie quotidienne, observez une hygiène de vie saine : évitez le stress, l'anxiété, la consommation régulière d'alcool, le tabac. Choisissez des vêtements qui n'exercent aucun frottement ni aucune pression sur la peau. Même si vous connaissez bien l'évolution de vos symptômes, une autre difficulté à surmonter est le "ras-le-bol" que vous pouvez éprouver lorsque vous voyez réapparaître les lésions après une période de rémission. Si vous supportez mal votre maladie et ses traitements, n'hésitez pas à demander un soutien psychologique, pourquoi pas une psychothérapie ?
Christine Nicolet
Le rhumatisme psoriasique
Encore dénommée arthropathie psoriasique, cette complication inflammatoire est présente dans 10 à 20 % des cas. Elle est représentée par l'apparition de signes articulaires dont le rythme des poussées est souvent indépendant de celui des signes cutanés. Ce rhumatisme détruit
les articulations, surtout les articulations périphériques. Il peut prendre divers aspects, de l'arthralgie simple à la polyarthrite, et aboutir à une incapacité fonctionnelle importante.
La puvathérapie sous contrôle médical
La puvathérapie est le traitement de choix des formes étendues et rebelles de psoriasis. Elle consiste en une exposition aux UVA après administration d'une molécule photosensibilisante (psoralène). Mais prudence, il ne s'agit pas de banales séances de bronzage ! Il est important de contrôler avec précision les doses cumulatives d'UV reçues pour écarter tout risque de cancer cutané. Les autres risques sont le vieillissement cutané précoce et la cataracte (le port de lunettes opaques aux UV est indispensable). Votre pharmacien vous renseignera sur les médicaments photosensibilisants à éviter pendant le traitement Source : Bien-être et Santé |